dimanche 6 août 2017

Playground love

S'il y a bien une chanson que j'ai coupé longtemps aussi tôt qu'elle passait dans ma playlist, c'est "playground love" (de Air)... Aujourd'hui je l'écoute de nouveau parce que je n'ai plus peur de t'aimer sans retour. J'ai finalement arrêté (avais-je bien commencé?) d'écouter les gens me dire que c'est absurde et qu'il faut passer à autre chose. Ils font ce qu'ils veulent, s'il désirent une histoire actuelle, avec un corps qu'ils peuvent toucher, et des marmots plein la maison achetée à crédit, cela leur appartient. Moi j'ai trouvé l'amour de ma vie et il ne m'a jamais quitté un instant depuis (je dis cette phrase avec un sourire niais sur la face).

Pourquoi me retiendrai-je d'exprimer une fois de plus ce que j'ai déjà tant crié, chanté, pleuré? Pourquoi retenir mes mots qui ne sont qu'un poème de plus accroché au collier de ton indifférence. Je m'en moque, tout comme je n'ai pas eu besoin d'occasion pour t'acheter ces boucles d'oreilles (un peu chères pour mes moyens limités), je n'ai besoin d'aucune occasion pour lancer en l'air mes pensées qui retombent en une pluie de phrases qui chutent à ton honneur.

Si l'on me demandait quelle femme je voudrais être, je répondrai immédiatement, sans avoir besoin d'y réfléchir une fraction de seconde: toi. Parce que tu es l'idée, mon Idée de la femme. J'en ai connu beaucoup des femmes des autres qui étaient absolument géniales et tellement aimables. Mais je n'ai connu qu'une femme qui tient miraculeusement dans les formes de cette idée que je m'étais façonnée depuis l'enfance. Même les aspérités de toi qui m'ont écorchés, voire plus, ne semblent pas dépasser du calque - mais peut-être que calque il n'y avait pas et que l'idée finalement est née de toi... C'est toi, dans tous les défauts et les qualités qui forment la perfection d'une idée. Il fallait que je te rencontre pour savoir ce qu'est une femme et pouvoir me dire alors qu'une telle chose existe en acte.

Que tu dois rendre heureux tout ce qui t'entoure... J'espère - mais je sais que cela est hautement improbable, voire infinitésalement possible - que l'homme qui t'aimes et que tu aimes en retour partage cet état de fait avec moi, j'espère que pour lui aussi tu es l'essence de la Femme. J'en doute, mais ce n'est pas grave, un trop grand amour peut être trop dangereux, provoquer des houles aux vagues létales et qui détruisent les rivages de leur violence: ô combien avons-nous connu cela...

J'ai de la chance d'avoir été caressé par tes rayons, et tu as de la chance d'être aimé par un amour si pur qu'il arrive à fondre l'éternité immuable d'une idée dans la chair mouvante d'un corps. Car c'est cela mon amour: te faire une légende, faire de tes mouvements des musiques, de tes regards des métaphysiques, de tes sentiments des brûlures, de tes yeux un voyage sans fin au bout d'une aurore qui n'en a pas.

Aède anachronique, je fais de ton départ un souffle dans mes voiles, de tes cheveux bouclés un instrument mythologique, de ton coeur un pulsar mordoré, de ta pudeur des suspenses insoutenables qui tiennent en haleine les étoiles et les comètes vagabondes.

Peut-être ne suis-je qu'un instrument, mon existence qu'un moyen de te faire connaître au monde, peut-être suis-je un dictionnaire déclinant ta définition - femme - avec maints exemples littéraires - comme dans le Littré - et puis des hordes de synonymes pour bien circonscrire ton unicité, ta singularité parmi les choses du monde qui peuvent rappeler un peu la Femme mais qui ne sont que des signes vers tout ce qu'elles ne sont pas - et que tu es.

Peut-être un jour parviendrais-je à écrire une histoire, ton histoire qui sera à la fois mélopée et épopée, qui sera poème et récit, qui sera le signe fini qui ouvre sur la béance infinie de toutes les manifestations possibles d'une idée. Je crois que si Platon t'avais rencontré, ou avait pu simplement lire ce livre qui n'est pas encore, il aurait su alors que les Formes ne demeurent pas suspendues dans un ciel absolu et séparé du nôtre, mais que les idées, au moins une Idée, sont là, nous effleurent, nous embrassent, nous traversent et puis nous quittent. Diogène ne s'est jamais levé pour parcourir Athènes une lanterne à la main en disant "je cherche la Femme" pour parodier Platon, peut-être a-t-il eu alors le pressentiment de ta présence future, que des ondes cosmiques subtiles annonçaient déjà.

Diogène, aujourd'hui c'est moi, qui me lève et chante: "j'ai trouvé la Femme". Je suis un Pessoa contemporain qui a trouvé son Aurélia, d'ailleurs mon nom aussi est personne quand le tien lui ressemble tant.

Aller, il est temps, me dis-je pour moi-même. Accroche ces quelques trilles à ce cou si gracile qui a quitté l'étreinte malhabile de tes mains. Dépose ton offrande aux pieds de cette absence si pleine. Je me souviens si bien du pas que tu prenais lorsque tu t'en allais bien décidée; pour partir loin de moi qui n'était pas à la hauteur.

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